LE 18ème BATAILLON
DE CHASSEURS À PIED
PENDANT LA CAMPAGNE 1914-1918
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ENCADREMENT DU BATAILLON LE 2 AOUT 1914
État-major
| Chef de Bataillon GIRARD
Commandant
+ Lieutenant LINEL
Officier adjoint
+ - CUNY Officier de détails.
- VOGEL Officier
d'approvisionnement.
- TOURRET Commandant la section
de mitrailleuses
Médecin-major ARNOULD
Méd. aide-major D'HALLUIN |
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| 1ere
compagnie
Capitaine VITAL
+ Sous-lieutenant EVRARD
- CHRETIEN
+ - FRAENCKEL |
2e
compagnie
+ Capitaine PERROT
+ Sous-lieutenant BONNEF
- HÉMART
+ - PAGNIEZ |
| 3ème
compagnie
Capitaine VOGIN
Sous-lieutenant LEROY
+ - SUEUR
+ - BENOIT |
4e
compagnie
+ Capitaine DE MAISMONT
Sous-lieutenant BLAIZOT
+ - ROBERT
+ - LEFEBVRE |
| 5e
compagnie
Capitaine LAMBERT
Lieutenant DUPRET
+ Sous-lieutenant GENNEVOIS
- PALMADE |
6ème
compagnie
Capitaine LIBAUD
Sous-lieutenant PRUVOST
+ - RENARD
+ - JONGLEUX |
LA COUVERTURE
(31 juillet-17 août 1914.)
La tension politique qui occupe les derniers jours de juillet 1914
ne laisse aucun doute sur l'issue des négociations entreprises pour
empêcher la guerre. Derrière les exigences de l'Autriche, on devine
les appétits allemands. Après Tanger, après Casablanca et après Agadir,
le Kaiser a enfin trouvé le prétexte qu'il cherchait. Les plus incrédules
commencent à comprendre pourquoi l'Allemagne a augmenté son programme
militaire en 1912. Il y a de la poudre dans l'air. Cependant tout
le monde est calme; à cette approche de l'heure décisive, l'âme de
la Patrie passe dans tous les coeurs. Ce n'est pas en vain que le
soldat français a été proclamé le plus brave du monde, et chez les
plus humbles comme chez les plus ignorants dix siècles de gloire montent
au cerveau comme une ivresse. « Si les Allemands veulent la guerre,
ils l'auront. » La Russie, du reste, est avec nous, et l'Angleterre
ne va-t-elle pas se déclarer contre l'Allemagne ?
Le 31 juillet, à 4 heures, l'alerte de guerre sonne à Longuyon. Rapidement
chacun se prépare et, pendant trois heures, le quartier, comme une
vaste ruche, donne le spectacle d'une activité prodigieuse et ordonnée.
Puis le calme s'établit. Les compagnies dans leur rue sont rassemblées,
les capitaines aux têtes des bâtiments. A 7h30, la masse bleu sombre
s'ébranle vers Arrancy et vers Spincourt. Au deuxième coude de la
route, des têtes se retournent. Quels sont ceux qui reverront ces
bâtiments où l'on a vécu paisiblement attendant « la classe » et insouciant
du lendemain. C'est la lutte maintenant où le plus fort, le plus prêt,
le plus volontaire l'emporte. Ce sera dur, mais la guerre sera courte
: tout le monde en est persuadé.
Le sacrifice est consenti allégrement. On fera son devoir. Mieux
encore : on sera vainqueur.
Le Bataillon se déroule maintenant entre les moissons par cette chaude
journée de juillet. La fièvre des préparatifs étant tombée, chacun
pense à ce que va être le choc. Les officiers, les gradés regardent
au loin, cherchant sur les crêtes des silhouettes de cavaliers, les
Feldgrau d'outre-frontière.
On est bientôt sur les emplacements de couverture : à Avillers, le
groupement LAMBERT (2e, 5e) donne la main au
8e Bataillon de chasseurs qui a quitté Etain le matin même,
- à Saint-Pierrevillers, le groupement LIBAUD (ler, 6e)
voisine avec le 9e Bataillon de chasseurs qui couvre Longuyon,
à cheval sur la Chiers. A Spincourt, les deux compagnies disponibles
avec la section de mitrailleuses restent auprès du Commandant GIRARD.
On les connaît bien ces emplacements sur lesquels maints exercices
se sont déroulés. Ce sont maintenant des « manoeuvres avec feux réels
» que l'on est destiné à faire et, à cette pensée, un petit frisson
parcourt ceux qui réfléchissent - tous à cette heure solennelle. Peur
? Non, mais curiosité. Quelle impression fera la première balle ?...
et le premier obus ?...
Les événements se précipitent : le 1er août, parvient
l'ordre de mobilisation générale, le 4, on est avisé que les relations
diplomatiques sont rompues. Aucun journal n'arrive plus. Des renseignements
circulent... Cette fois, c'est la guerre !
On ne voit du reste aucun ennemi. Au loin, nos patrouilles de cavalerie
prennent le contact à Fillières, à Mairy, à Joppecourt, à Bazailles.
Des masses de cavalerie ennemie ont été vues; leurs escadrons de couverture
s'approchent peu à peu, le 6, le 7. Nos patrouilles ou reconnaissances
les dispersent à Avillers (patrouille SOURISSEAU), à la Haute-Borne
(reconnaissance RENARD).
Le 8, l'ennemi attaque. Toute une division de cavalerie, appuyée
par du canon et deux bataillons d'infanterie environ, pousse de l'avant.
Après avoir contenu l'adversaire par ses feux, le 18e,
conformément aux ordres reçus, se replie par échelons, et gagne Mangiennes.
Il vient en réserve à Peuvillers, où est le Q. G. de la Division.
En avant, le 91e d'infanterie continue la mission de couverture,
pendant que s'achève notre concentration.
L'effort du Bataillon est signalé dans l'ordre n°2 de la 4e
Division en date du 8 août :
Depuis plus d'une semaine, les 9e et 18e B. C. P. sont
continuellement en alerte, de jour comme de nuit, au contact immédiat
de l'ennemi. Aucune des patrouilles de cavalerie allemande ne les
a approchés sans recevoir une leçon; un certain nombre de cavaliers
ennemis ont été ou tués ou blessés, dont au moins un officier; plusieurs
ont été faits prisonniers et les chasseurs ont montré un entrain
et un allant dont le général de division est très fier et dont il
tient à les remercier de suite. Il leur envoie toutes ses félicitations.
Signé : Général RABIER
Un combat a lieu le 10 à Mangiennes et à Pillon. Les échos en viennent
jusqu'à Peuvillers, où chacun attend, anxieux, le résultat. Des bruits
courent : les Allemands seraient battus, repoussés - on voudrait bien
y croire, ce serait naturel d'ailleurs - mais déjà tant de bruits
ont circulé !.. Tout à coup, des artilleurs traînant des canons
allemands - les premiers - traversent le village, des mitrailleuses
suivent. C'est la joie, le sourire sur tous les visages. Le général
CORDONNIER apparaît : « Venez, mes chasseurs, que je vous raconte
ce qui s'est passé hier. » On accourt, on entoure le général. Allons,
la guerre sera bientôt terminée... D'ailleurs on va attaquer.
L'OFFENSIVE DE BELGIQUE
(18 au 22 août 1914)
Le 18 août, la marche en avant commence. Une première étape conduit
le 18e à Othe. Le 21 août, la frontière est franchie, et
le Bataillon entre en Belgique, couche à Sommethomme d'où il repart
le matin du 22 pour attaquer l'ennemi.
C'est à Bellefontaine qu'a lieu le premier choc pendant que ce village,
pris par le 120ème d'infanterie, devient le centre d'un
combat d'une extrême violence, le Bataillon, à la droite de la D.
I., contient, en avant de La Hage, les mouvements débordants de l'ennemi,
qu'il parvient iuêmo à rejeter par une contre-attaque à laquelle prennent
part les 2e, 3e et 4e compagnies,
ainsi que la section de mitrailleuses. Le champ de bataille nous reste.
Dans les maisons de Bellefontaine s'installe le gros du Bataillon
cependant que des unités au bivouac couvrent le P. C. de la Division
à La Hage. Première victoire, chèrement payée sans doute, mais l'ennemi
a reculé. Et l'on se félicite et l'on escompte des lendemains glorieux.
Mais les renseignements venus des voisins sont mauvais. Si le combat
de Bellefontaine a eu une issue heureuse, sur presque tous les autres
points où se sont choquées les deux armées, nos troupes ont dû se
replier. Et la Division évacue à son tour dans la nuit le terrain
si péniblement acquis pour gagner Gérouville. Au jour, les derniers
éléments du Bataillon se replient, ramenant avec eux les débris de
la 1re Division coloniale rompue à Rossignol. On apprendra
plus tard que l'ensemble des actions livrées ce jour-1àî
porte le nom de Bataille de Charleroi et que cette bataille marqua
le terme de notre offensive en Belgique. Pour la 4ème Division,
le 22 août est et restera toujours l'anniversaire du combat victorieux
de Bellefontaine, consacré par l'ordre général n° 9 du 2e
corps d'armée :
La 4e D. I. et le 19e Régiment de Chasseurs, après
avoir supporté, les jours précédents, des fatigues exceptionnelles,
sont arrivés, le 22 août dans la matinée, à Bellefontaine, un combat
violent s'est aussitôt engagé.
Entendant la canonnade derrière elle, sans nouvelles du reste du 2e
C.A. engagé lui-même à Villers-la-Loue, supportant sans faiblir de
grandes pertes, mais en infligeant de plus grandes encore à l'ennemi,
ces troupes, après avoir lutté pendant neuf heures, sont restées à
la nuit maîtresses de Bellefontaine, ce qui leur a permis de se dégager,
malgré la supériorité de l'adversaire, sans perdre un canon, ni une
voiture, et de venir rejoindre la 3e D. I. qui avait elle-même
soutenu un brillant combat à Villers-la-Loue.
Le général commandant le 2e C. A. félicite le général commandant
la 4e division et les troupes sous ses ordres des qualités
de courage et de ténacité dont tous ont fait preuve et qui sont le
gage de prochains succès.
LA RETRAITE DE BELGIQUE
(23 août-4 septembre 1914)
A partir du 23 août, commence le grand mouvement de repli qui doit
nous conduire à la Marne. Moins vivement pressée que le reste de l'armée
française, la IVe armée recule lentement, contenant l'ennemi,
reprenant parfois l'offensive, en belle ordonnance toujours, manoeuvrant
et ne laissant en arrière ni troupes ni matériel.
A Avioth, où le Bataillon se trouve
le 25, un coup de fusil heureux de l'excellent tireur qu'est le sous-lieutenant
BENOIT, nous met en possession, en abattant l'officier d'état-major
qui les portait, de documents de la plus haute importance, concernant
les mouvements de deux corps d'armée allemands. Renseignés à temps,
les éléments d'arrière-garde peuvent se dérober à l'étreinte des forces
ennemies et se diriger vers la Meuse. Le Bataillon la franchit à Stenay
(son ancienne garnison) dans la nuit du 25 au 26, prend part les 27
et 28, dans les bois du Dieulet et du Jaulnay, à une contre-attaque
qui rejette les Allemands sur la rive droite de la rivière, mais, une
fois encore, les insuccès des troupes voisines obligent la Division
à une retraite qu'elle exécute à contrecœur.
De Verpel et d'Imécourt où le Bataillon stationne, le 30 août, il
se reporte en avant sur Authe où un nouveau combat est livré le 31 :
simple coup d'arrêt pour les troupes allemandes. C'est la dernière
des contre-attaques de la IVe armée. Rapidement, la Division
se dérobe par le défilé de Grand-Pré et la lisière ouest de l'Argonne
pour ne s'arrêter que sur la Saulx le 5 septembre.
C'est la Bataille de la Marne.
Le Commandant GIRARD, qui avait conduit le Bataillon sur les premiers
champs de bataille, vient d'être nommé lieutenant-colonel et prend
le commandement du 120e d'infanterie. Il fait ses adieux
au Bataillon, à Chevières, le ler septembre. Le Chef de
Bataillon BRION, du 147e d'infanterie, reçoit le commandement
du 18e Batailllon de Chasseurs.
LA BATAILLE DE LA MARNE
ET LA RETRAITE ALLEMANDE
(5 septembre-18 septembre 1914)
« Au moment où s'engage
une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler
à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière ; tous les
efforts doivent être employés à attaquer et refouler l'ennemi. Une
troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le
terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer.
Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être
tolérée. »
6 septembre 1914
Général JOFFRE
La retraite avait été lugubre. Nulle part on n'avait senti de supériorité
chez l'adversaire et. cependant on reculait ! Jusqu'où irait-on ?
Allait-on abandonner ainsi la moitié de la France à l'ennemi ? Pourquoi
ne se battait-on pas ?
Le 5 soir, la nouvelle circula rapidement : « On fait tête.
» Le lendemain, la bataille commençait. Posté le long de la Saulx,
de Pargny à Sermaize, le Bataillon dispute pendant deux jours les
passages de la rivière et du canal aux troupes du XVIIIe
Corps de Réserve allemand.
On se bat au pont du canal, à la ferme Ajol, à la Tuilerie de Pargny. Le capitaine
DE MAISMONT est tué, au passage à niveau de la voie ferrée. Attaqué
vigoureusement de front, débordé sur ses ailes, le Bataillon abandonne,
le 7 au soir, la ligne de la Saulx pour se reporter sur le front Maurupt-Cheminon
où, pendant deux autres journées, se livrent des combats sous bois.
Le 10, au petit jour, l'ennemi tente un suprême effort. Il lance sur
Maurupt cinq régiments d'infanterie, réussit à enfoncer la garnison
du village dont il est maître un instant, mais il est aussitôt contre-attaqué
et la journée se passe en une série d'actions extrêmement violentes
qui ont pour résultat d'arracher à l'adversaire les restes fumants
de Maurupt et de le rejeter dans le bois. Le 18e y prend
une part glorieuse ; à la fin de la journée, beaucoup des siens sont
restés sur le champ de bataille qui demeure, de l'avis de tous, l'un
des plus impressionnants de la guerre. Là sont tombés le capitaine
PERROT, le capitaine CARRIN, le lieutenant LINEL, les sous-lieutenants
PAGNIEZ, LEFEBVRE et SUEUR ; le lieutenant BONNEF et le sous-lieutenant
SOURISSEAU sont grièvement blessés. Près du tiers des unités
qui ont combattu en ce point est mis hors de combat.
Mais grâce à l'effort fourni, l'adversaire n'a pu enfoncer notre
front, et ce village de Maurupt marque la limite de son avance. Dans
la nuit, il se replie ; la journée du 11 se passe sans qu'il renouvelle
ses attaques et, le 12, au matin, c'est la poursuite qui commence,
cependant que dans les rangs circule l'Ordre du général JOFFRE, le
premier Bulletin de Victoire :
La bataille qui se livre depuis cinq jours, s'achève en une victoire incontestable.
La retraite des Ire, IIe, Ille armées
allemandes s'accentue devant notre centre et à notre gauche. A son
tour la IVe armée ennemie commence à se replier au nord
de Vitry et de Sermaize. Partout l'ennemi laisse sur place de nombreux blessés et des quantités
de munitions. Partout on fait des prisonniers.
En gagnant du terrain, nos troupes constatent les traces de l'intensité
de la lutte et de l'importance des moyens mis en action par les Allemands
pour essayer de résister à notre élan. La reprise vigoureuse de l'offensive
a déterminé le succès. Tous, officiers, sous-officiers et soldats,
avez répondu à mon appel. Tous vous avez bien mérité de la patrie.
Signé : JOFFRE.
Allégrement, le Bataillon, avant-garde de la division, se lance à
la poursuite de l'ennemi. Le matériel abandonné témoigne de la hâte
de ce dernier à se dérober. Le 12 au soir, le 18e est à
Nettancourt, le 13 à La Neuville-au-Bois, le 14 à Sainte-Menehould.
C'est la route même qu'il avait suivie, la mort dans l'âme, peu de
jours avant. Les rôles sont inversés maintenant. Devant nous fuit
l'adversaire, non sans achever le pillage des maisons, n'ayant pas
toujours le temps de boire toutes les bouteilles qu'il a fait rassembler.
Les habitants nous accueillent avec joie, nous content leurs angoisses
et les mauvais traitements subis. A Sommeilles, encore fumant au moment
où le Bataillon y est arrivé, les destructions sont plus considérables
encore qu'à Sermaize qui se trouvait cependant en pleine bataille.
La rage de l'ennemi s'est donnée là libre cours et, dans une ivresse
de destruction, il n'a pas laissé, dans ce beau village, une seule
maison debout. Sept personnes ont été retrouvées brûlées dans une
cave. Et au spectacle de tant de ruines, la haine de l'envahisseur
pénètre profondément dans le cœur de chacun. Ce n'est plus l'Allemand,
ce n'est pas le « Prussien », comme le nommaient les vieux, ceux de
70, c'est le « Boche », et ce terme méprisant restera jusqu'au
bout son titre, que d'autres dévastations sauront bientôt consacrer.
Le 15, des résistances se font sentir : l'ennemi est arrivé sur une
ligne organisée. Le corps d'armée attaque sur deux points Binarville-Servon.
Glissant de l'un vers l'autre, le Bataillon se trouve dans l'après-midi
engagé dans l'attaque du second de ces villages d'où nos premiers
éléments d'infanterie viennent d'être repoussés. Il s'avance jusqu'aux
lisières sans pouvoir y pénétrer. Les attaques reprennent le 16, mais
l'ennemi s'est renforcé et, appuyé par une puissante artillerie lourde,
maintient ses positions. Le 17, le combat continue. Une attaque de
nuit est arrêtée à 60 mètres par des feux violents. Le Bataillon cède
la place à d'autres troupes qui ne sont pas plus heureuses.
Là aussi nos pertes ont été très
lourdes : les sous-lieutenants BENOIT, CARUELLE, GUILLEMONT, les adjudants
BRIARE, MAGINOT, plus de 250 sous-officiers et chasseurs sont tombés
dans la prairie qui longe l'Aisne ; de nombreux blessés ont été dirigés
sur le poste de secours de Saint-Thomas.
Jusqu'au 24, les attaques du Corps d'armées se succèdent, mais se
heurtent a une résistance habilement organisée. Nos troupes se terrent ;
à leur tour elles creusent des tranchées profondes, font des boyaux
de communication, des épaulements de pièces ; de part et d'autre,
le pelle et la pioche alternent avec le fusil et le canon. C'est la
« guerre des tranchées », dira-t-on bientôt. C'est la guerre active,
farouche, cruelle, dans laquelle chacun guette son ennemi, dans laquelle
on fait peu de quartier. C'est la guerre qui durera des
années, et pendant cette période « d'usure » les deux peuples mettront
tout en oeuvre pour vaincre : énergie et dévouement de la race, ressources
du sol ou de l'industrie, alliances ; ils se replieront sur eux-mêmes,
augmentant leur production, jusqu'au moment où, armés jusqu'aux dents,
ils se jetteront l'un sur l'autre dans une gigantesque bataille de
six mois (mars - novembre 1918).
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